L’autoroute ferroviaire est sur les rails

Le Journal du Pays Basque

Les premiers camions devraient être chargés sur des trains d’ici deux ans pour rallier le Nord de l’Europe

"Je ne vais pas vous dire que tout est bouclé".Mais le vice-président de la région Aquitaine chargé des transports veut malgré tout souligner sa "bonne humeur". Adieu, le mur de camions sur l’A63, donc.Adieu, les 8000 passages quotidiens de poids lourds au péage de Biriatou.Aentendre Jean-Louis Carrère, le projet d’autoroute ferroviaire est acquis "à 99%". Pour annoncer la nouvelle, le vice-président s’est entouré notamment du président de la société Modalohr (qui fabrique les wagons qui serviront à transporter les camions) et du président de Mory Group (entreprise de transport et de logistique). Et il souhaite "que ça démarre en 2009".Selon lui, "les conditions techniques et financières sont désormais réunies" pour que le projet aboutisse.

Reste tout de même quelques difficultés qu’il qualifie de "modestes" à résoudre.Pour que l’autoroute ferroviaire voie le jour, il faut que le Syndicat mixte pour l’aménagement du centre européen de fret de Mouguerreprésidé par Didier Borotra lui fasse une place et lui cède des terrains.Quelle surface ?"ça ne vous regarde pas" répond Jean-Louis Carrère.Mais les déclarations du sénateur maire de Biarritz en ouverture du forum (lire ci-dessous) qui réunissait tout ce petit monde hier, lui donnent bon espoir."Il faut que les politiques discutent et ne pas laisser les décisions entre les mains des techniciens" a martelé Didier Borotra à la tribune.

En attendant, si jamais cette autoroute ferroviaire ne partait pas de Mouguerre, les promoteurs de l’opération ont une solution de repli avec la plateforme multimodale qui existe déjà à Hourcade en Gironde.Ils reconnaissent que cette alternative ne serait pas très satisfaisante mais c’est "un parachute ventral" dixit Jean-Louis Carrère.

Les wagons conçus par Modalohr sont utilisés entre la France et l’Italie depuis 2003 et entre Perpignan et Bettembourg au Luxembourg depuis septembre dernier.

"Tapis roulant"

"L’autoroute ferroviaire, c’est comme un tapis roulant" explique le président de cette société.Modalohr fabrique des wagons surbaissés qui évitent des manutentions et, sachant que la circulation des trains est protégée, l’autoroute ferroviaire garantit une régularité "totale" du service de fret. Philippe Mangeard préside également le "Cercle pour l’optimodalité en Europe" qui réunit des opérateurs européens du transport, de la gestion et du financement d’infrastructures et de la logistique.

Même enthousiasme du côté d’Alain Bréau. Le patron d’un des groupes français leader du transport routier estime que "cette autoroute ferroviaire nous facilite le travail".Et il poursuit, "nous ne sommes pas routiers pour le plaisir de faire de la route mais parce que c’est ce mode de circulation qui arrange le mieux nos clients jusqu’à maintenant".Le projet lui plaît d’autant plus qu’il ne concerne que 10% des activités françaises de transport.C’est surtout le trafic international qui passera sur rail et, en l’occurrence, ce sont essentiellement les transporteurs routiers espagnols et portugais qui pourraient être le plus touchés par ce projet.Or, en termes de coût de main-d’¦uvre, si les chauffeurs espagnols ou portugais risquent de pâtir d’une autoroute ferroviaire, ce ne sera pas le cas des chauffeurs des entreprises de l’hexagone qui ne sont de toute façon "déjà plus compétitifs pour le trafic international" selon Alain Bréau, et le patron de conclure, "si nous pouvons faire notre métier sans avoir à payer les chauffeurs, ça nous arrange".

Si cette autoroute ferroviaire est bel et bien lancée en 2009, ce seront 600 poids lourds par jour qui seront chargés sur les wagons dans un premier temps et jusqu’à 2000 les années suivantes.Par ailleurs, un terminal logistique pourrait voir le jour à Gazteiz à partir de 2013 si l’Y basque est réalisé dans sa section Gazteiz-Hendaye.

Ibarretxe milite à l’Atlantic Logistic Forum

Les abords du casino Bellevue à Biarritz étaient sous haute surveillance hier matin.Le lehendakari de la Communauté Autonome et sa ministre des transports étaient attendus pour l’Atlantic Logistic Forum (l’ALF).Il s’agit d’un forum transfrontalier sur le commerce, les transports et la logistique de l’Arc Atlantique organisé par la Plate-forme Logistique Aquitaine-Euskadi. Environ deux cent cinquante personnes avaient fréquenté les conférences organisées dans le cadre de ce forum l’an dernier.Elles n’étaient pas si nombreuses à assister à la cérémonie d’inauguration hier matin.A la tribune cependant, Juan Jose Ibarretxe les a encouragées à "militer pour développer l’Eurorégion". "Il faut développer nos infrastructures, nous avons perdu trop de temps à nous tourner le dos" a-t-il lancé à Didier Borotra et à Jean-Louis Carrère.Et alors que les opposants au projet de Ligne à grande vitesse déroulaient des banderoles à la porte du casino, le lehendakari d’assurer qu’aujourd’hui ce qui est moderne, ce n’est pas de s’opposer au train, c’est de voyager en train".La quinzaine de membres d’AHTGelditu et de LABmobilisés hier dénoncent eux l’incohérence des politiques de transport de part et d’autre des Pyrénées.

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